Les Films de fiction Québécois, des origines à nos jours
Pour sa deuxième adaptation d'un roman de Patrick Senécal, Éric Tessier nous livre ici un film très inégal dans lequel il est bien difficile de se faire des peurs. Dans ce thriller psychologique aux relents de Misery, la folie destructrice du père est désamorcée en permanence par le personnage de la mère, caricature extrême de la dévotion et de l'aveuglement. On notera également des effets comiques déphasés qui viennent « casser l'ambiance » et qui diminuent d'autant une angoisse qui peine vraiment à s'installer. Bref, dans cette entreprise difficile, Tessier s'en sort plutôt pas mal, même si au final, son film manque de mystère et de profondeur.
Charles-Henri Ramond, octobre 2009
5150, rue des Ormes, théâtre parfait d'une horreur ordinaire
Beaulieu c'est en apparence un honnête chauffeur de taxi, exaspéré par les ignominies de ce bas monde, comme nous le sommes parfois. À ses côtés, une femme idiote et pataude, qui lui voue un culte sans bornes et qui pardonne tout, sauf qu'on touche à sa fillette... Michèle, la plus grande est la digne héritière de ce père malade mental. Mais devant son impossibilité à supprimer un « non-juste », Beaulieu la laisse tomber, déçu d'une progéniture indigne... Très beau sujet ! Un visage sombre de l'horreur de tous les jours, celle provoquée par le combat d'un ''juste'' envers tous les ''non-justes'' de son quartier... celle d'une famille en apparence bien sous tous rapports, vivant dans une banlieue comme il en existe tant et qui aurait pu habiter sur la même rue que nous.
La fin est mieux réussie
Malgré une ouverture assez tendue, j'ai regretté que la première heure manque de moments prenants ou plutôt qu'elle ne parvienne pas vraiment à installer ses personnages dans cet environnement "normal" de banlieue. Il faut attendre longtemps avant de voir le personnage de Marc-André Grondin basculer dans une folie tout aussi destructrice que celle de son hôte, la transition est brutale. J'ai aussi trouvé dommage que le personnage de la mère soit si excessif et sans profondeur... mais surtout tellement déconnecté avec le portrait juste et réaliste de son mari. Quoi qu'il en soit, et malgré quelques invraisemblances, l'idée de l'échiquier grandeur nature est une vraie bonne trouvaille, bien rendue et qui vient mettre un point final parfait à la folie destructrice du justicier. Le combat entre le bien et le mal, entre Yannick et Beaulieu... jusqu'à la mort pour l'un et la folie pour l'autre... Très bien vu et mérite le détour !
J'aime mentionner les belles performances d'acteurs.
Cette fois, ma palme va à Mylène St-Sauveur, belle trouvaille que cette jeune actrice, et surtout à Normand d'Amour, excellent comme à l'habitude, et qui se mérite amplement une nomination au
Jutra du meilleur acteur.
Résumé : Un huis-clos prenant et bien joué mais qui peine à
aller trop en profondeur, un peu comme si les auteurs avaient eu de la misère à aller au bout de leurs angoisses. À voir si vous aimez les thriller psycho soft... les amateurs d'horreur et de
gore seront peut-être en manque d'émotions.