Les Films de fiction Québécois, des origines à nos jours
Mario Saint-Amand - ©Films Christal
Rendre hommage à une personnalité si marquante est une entreprise risquée. Alain Desrochers s'acquitte de sa tâche avec soin et signe avec ce Gerry tant attendu un hommage lumineux à la star du rock québécois.
La force du jeu de Mario Saint-Amand, la technique éprouvée et la justesse de ton d'ensemble en font un film de qualité, pas une œuvre impérissable, mais un film sans peur et sans reproches... Sauf que.
Par Charles-Henri Ramond, le 15 juin 2011
La première chose que l'on ressent en sortant de la projection de Gerry, c'est l'effort minutieux et appliqué qui a été apporté pour renforcer la véracité des faits et coller au plus près à la chronologie de l'histoire. Hommage oblige, on marche sur des oeufs. Même si quelques événements ont été replacés pour les besoins du film, ce qui provoquera sûrement les remarques de certains inconditionnels, la quasi totalité du film respecte la vie de la star, ou à tout le moins, se conforme à l'idéalisation du portrait que l'on voudrait bien accoler à celui qui fut l'idole de milliers de fans.
Outre la narration chronologique, émaillée de quelques flashbacks explicatifs, les choix judicieux du casting (composé d'acteurs pour la plupart assez peu connus) viennent renforcer cette sensation de véracité et de crédibilité. Trônant au sommet de l'art du mimétisme, Mario St-Amand est criant de vérité et accapare le personnage avec force et détermination. Il signe sans nul doute un rôle marquant dans sa carrière.
Gerry, toujours vivant
Fiche du film
Bande annonce
Et voilà le sauf que ... Gerry reste avant tout un film lisse et impeccable auquel on peut reprocher une prise de risque réduite à son minimum. Sans doute par peur de heurter les ayants-droits, mais aussi les très nombreux fans qui attendent le film de pied ferme (et ainsi risquer de faire sortir le film de la voie du méga-succès populaire). On peut ainsi regretter que la plupart des personnages restent en surface, sans véritable exploration psychologique ni cheminement.
Avec son sens de la mesure qui nous livre un peu de mélodrame, un peu de rires, une scène osée (mais pratiquement de drogue bizarrement), Gerry, fait preuve de retenu et de modération. Un biopic bien sage qui tente de donner une image lisse et belle de l'artiste et qui du même coup s'assure un passage à la télévision aux heures de grande écoute.
Au final, Alain DesRochers s'en sort relativement mieux que les autres biopics québécois récents (L'enfant prodige et Piché). Gerry est un film commercial de qualité (comprenez un produit bien fabriqué), mais qui ne révèle aucun coup de génie, bien que quelques scènes sortent du lot (le party psychédélique et le concert à l'Oratoire notamment). En ce sens, Gerry plaira sans aucun doute à un très large public, composé aussi bien de fans irréductibles que de spectateurs moins avertis. On s'attendait malgré tout à un peu plus d'audace pour rendre hommage au légendaire rocker québécois.