Les Films de fiction Québécois, des origines à nos jours
Jean-François Legendre analysé par la psy Pascale Bussieres (photo: Yan Turcotte - ©Remstar)
Quatre ans après la comédie Ma tante Aline, Gabriel Pelletier revient derrière la caméra et nous propose un polar rural adapté d'un roman de Jean Lemieux. La peur de l'eau parvient à captiver l'attention durant la première moitié mais finit par lasser à force de multiplier les intrigues bavardes et inutilement complexes.
Par Charles-Henri Ramond, le 27 janvier 2012
Campé aux Îles de la Madeleine, lieu inusité pour une intrigue policière, et bon point de départ, La peur de l'eau joue beaucoup sur l'opposition Montréal/Régions. C'est d'ailleurs sa principale proposition. On suit avec le face à face que se livrent deux policiers aux méthodes opposées, l'un débarqué de Montréal avec la ferme intention d'en finir au plus vite et l'autre, jeune policier à la vie troublée par sa phobie de l'élément marin et par sa vie personnelle un peu chaotique. Comme souvent, l'opposition des deux flics est d'autant plus amplifiée que le crime est odieux. Ici, ils conduisent en parallèle leur propre enquête afin d'élucider le meurtre odieux de la jeune fille du maire local (Germain Houde). Alors que l'enquête du flic de Montréal (Normand d'Amour, caricatural) se déroule vraiment trop bien, on assiste peu à peu à un retournement de situation qui voit le petit policier local reprendre le dessus sur son collègue expéditif. Par sa ténacité et sa méthode rigoureuse, il met finalement la main sur le réel coupable - imprévisible - lors d'un dernier sursaut, énorme, très maladroitement amené et très peu crédible.
Si La peur de l'eau exploite correctement les paysages venteux et tourmentés des Îles de la Madeleine, il n'en est pas de même des développements de son intrigue. Le principal problème du film tient dans sa volonté de noyer le poisson à l'aide de nombreuses intrigues parallèles et de brouiller des cartes à peines explorées à l'aide de fausses pistes qui s'enchaînent un peu trop facilement. Est-ce un crime lié à la drogue, une simple histoire d'héritage, un crime passionnel… les pistes s'enchevêtrent et les rebondissements ses succèdent à vitesse grand V, sans qu'aucune d'entre elles ne prennent suffisamment d'importance (de durée) pour réellement nous embarquer. Il en ressort un film aux longueurs pénalisantes qui empêchent le film de trouver le bon rythme.
La peur de l'eau
Fiche du film
Bande annonce
Il faut dire qu'en plus de l'intrigue policière, le scénario de La peur de l'eau contient de nombreuses références à des thèmes que je qualifie de hors-sujet. On aborde pêle-mêle les problèmes de drogues chez les jeunes, la désertification des régions éloignées, l'éclatement du noyau familial, les antagonismes entre la Région (montrée ici à la limite de la bonasserie) et la Métropole aux méthodes cavalières (mais fausses), pour ne citer que ceux-là. Certes, ces thématiques sont tout à fait louables, mais avaient-elles vraiment leur place dans une histoire de crime sordide somme toute plutôt banale ? Noyés dans le contexte d'une enquête policière très terre à terre (l'élément psychologique du meurtrier n'est quasiment pas abordé), ces thèmes plus contemporains deviennent anecdotiques - et surtout - perturbateurs.
Outre son scénario alambiqué, certains éléments ajoutent à la désagréable sensation du visionnement. Entre autres, signalons cet accent madelinot parfois forcé et qui finit par agacer ainsi que les personnages secondaires, qui sont trop nombreux pour être suffisamment étudiés.
Au sein d'une distribution inégale, notons les performances de Jean-François Legendre et de Brigitte Pogonat, qui s'en sortent correctement en improbable duo de policiers empotés. Dans le genre, on préfère la bonhomie des Gunderson (Frances McDormand et John Carroll Lynch) dans le sublime Fargo des frères Cohen, qui reste un modèle dans le genre polar rural.
Après deux heures d'enquête à rebondissements, La peur de l'eau se conclue sur une finale fainéante, où rien n'est épargné au spectateur (adieux touchants, réconciliation des deux policiers et promesse d'un avenir meilleur). Ouf, c'est fini!
Le film noir est un genre cinématographique particulièrement difficile. Au Québec, bien peu d'entre eux ont réussi à marquer l'imaginaire. On se souvient de La Gammick ou de La Maudite galette dans les années 70 ou, plus près de nous, de Le collectionneur de Jean Beaudin et de La loi du cochon d'Érik Canuel. Tout récemment, Détour de Sylvain Guy et The Kate Logan Affair de Noël Mitrani s'étaient essayé à leur tour à ce genre, sans succès. Malgré d'indéniables qualités visuelles, La peur de l'eau se rapproche hélas de ces deux récentes tentatives.
2,5 / 5