Les Films de fiction Québécois, des origines à nos jours
Madeleine Péloquin dans Pour L'amour de Dieu
Photo de Marlène Gélineau Payette
Deux ans après Suzie, une histoire d'enfant délaissé par ses parents, Micheline Lanctôt remet l'enfance au menu de son nouveau film, Pour l'amour de Dieu. Cette fois, une fillette se retrouve au cœur d'une passion amoureuse interdite dans le Québec de 1959. Un triangle amoureux qui bénéficie d'une technique maîtrisée et d'une reconstitution parfaite.
On aurait toutefois apprécié que le scénario se dispense de certains effets de style douteux et s'ouvre sur un peu plus de passion pour illustrer ce qui aurait pu être une brûlante histoire d'amour.
Par Charles-Henri Ramond, le 2 septembre 2011
Bien que l'histoire de Pour l'amour de Dieu soit purement fictionnelle, elle est base sur une anecdote très personnelle de Micheline Lanctôt. Le film utilise aussi plusieurs souvenirs d'enfance pour illustrer le récit. C'est donc sur un ton intimiste et à partir de ses propres anecdotes que la réalisatrice-scénariste nous livre cette histoire d'amour défendu entre Sœur Cécile et le père Malachy, un prêtre dominicain de passage. Leur passion nous est montrée à travers le regard de Léonie, une fillette mi ange mi démon, en tout cas fort jalouse car aussi amoureuse dudit père.
Située à la fin des années cinquante dans un Québec ultra dominé par la religion, l'intrigue de Pour l'amour de Dieu tire partie d'une très belle reconstitution d'époque, dont l'esthétisme vieillot ne souffre d'aucun reproche. Au cœur d'une technique maîtrisée, se trouve la photographie de Michel La Veaux, tout en couleurs chaudes du meilleur effet. Sans forcer l'opposition entre religion et laïcité, Mme Lanctôt parvient par petites touches à faire cohabiter les deux mondes de belle façon.
Pour l'amour de Dieu
Fiche du film
Bande annonce
Le sang, symbole de la mort annoncée de ces deux amants interdits, est terriblement présent dans Pour l'amour de Dieu. Une symbolique forte et lumineuse. Toutefois, Le souffle qui anime cette passion interdite aurait mérité d'être un peu plus chaud et un peu plus fort pour laisser un peu plus d'émotions et d'empathie. Le parti pris de nous montrer les deux amants à travers le regard d'une personne extérieure s'avère ici être un choix limité puisqu'il éloigne le spectateur du cœur même de cet amour. On a donc beaucoup de peine à imaginer quel fut sa force, d'autant plus que les sévices que les deux amants s'imposent semblent démesurés (lui porte une ceinture avec des pointes lui rentrant dans la chair et elle tente le suicide). Un peu plus de proximité avec les personnages centraux n'aurait pas fait de mal.
Signalons aussi quelques choix scénaristiques discutables (le frère alcoolique de Léonie qui n'apporte pas grand-chose au récit, ce beau Jésus que l'on nous montre à foison) ou au mieux assez peu relevés (la bonne et la mauvaise conscience entourant Léonie dans l'autobus ou encore les scènes finales lorsque Léonie adulte retrouve Sœur Sophie et l'emmène retrouver le père Malachy). Des choix regrettables qui viennent encore affaiblir encore le scénario.
Pour l'amour de Dieu est sans contredit un film à la facture classique du meilleur goût et évite l'écueil du mélo larmoyant. Les excellents décors et la photographie subtile nous font bien replonger dans cette fin de duplessisme tenaillé par la religion. Toutefois Pour l'amour de Dieu reste un peu trop sage dans son approche, au détriment de la passion dévorante qui anime ces deux amants honnis.