Les Films de fiction Québécois, des origines à nos jours
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Source image : Alliance Atlantis |
C’est donc avec cette troisième adaptation des romans de Patrick Senécal, que Daniel Grou (Podz) signe son premier long-métrage de cinéma, un projet sombre et ardu, pour le moins difficile à réaliser. Avec dextérité et maîtrise du sujet, Grou s’offre une place de choix parmi les réalisateurs de la relève et confirme du même coup tout le bien que l’on a pensé de Minuit, le soir, sa série télévisée déjà élevée au rang de culte québécois.
Par Charles-Henri Ramond
Rappel des faits : une fillette est sauvagement violée puis assassinée à l’orée d’un bois d’une banlieue huppée de Drumondville. Le père, chirurgien respecté, ne se remet pas d’un sort aussi cruel et se sent coupable. En proie à l’aveuglement de la vengeance, il kidnappe le meurtrier – pédophile récidiviste – et lui fait subir les pires supplices dans la cave d’un chalet isolé de la Mauricie. Sur sa trace, un policier tourmenté ne sachant où donner de la tête.
Les Sept jours du talion est un mélange habile de drame intimiste (le début en plans fixes), de polar traditionnel (la traque de l’inspecteur Mercure - Rémy Girard) et de film
d’horreur pur (les scènes de torture). Mais, plus que la très bonne imbrication des genres qu’il explore, ce qui constitue à mes yeux le point fort du film, c’est le choix des auteurs de ne pas
juger ni même de se positionner face à leur sujet. Le traitement à distance et sans artifices d’un sujet aussi sensible est remarquable.
Vous êtes en train de vous noyer et vous le savez. Oui, pis laissez-moi couler...
Installé dans un univers composé d’intérieurs sans chaleur, de nature en peine hibernation / décomposition et d’images aux teintes très pâles, le film souffle un froid glacial dans le dos du spectateur. Il ne prend pas parti et ne moralise en rien l’attitude de ce père à la dérive, complètement perdu dans son attitude de justicier solitaire. À aucun moment Grou ne tente de justifier et encore moins d’excuser les agissements du personnage campé (de main de maître) par Claude Legault, capable de torturer de sang froid un de ses semblables, mais incapable de voir une bête morte de se faire dévorer. Le spectateur voit donc les deux revers de la médaille, aussi horribles l’un que l’autre, traités de manière identique sans tambours ni trompettes, et sans que la balance ne penche ni d’un côté, ni de l’autre. Certains pourront trouver cette absence de parti pris gênante, le film a le mérite de ne jamais tenter de nous influencer, et j’aime ça.
Bien que cette rigueur soit très louable, ce que je reproche à ces Sept jours du talion c’est de ne pas m’avoir transmis une once d’émotions. À force de rester à distance trop raisonnable de cet homme torturé en CinémaScope, je me suis arrêté sur les quelques invraisemblances (l’enlèvement du meurtrier ; la mère kidnappée pour voir de force l’agresseur de sa fille) ou les dialogues pas toujours très relevés qui émaillent le film. Enfin, et contrairement à d’autres, j’ai trouvé les premières minutes assez complaisantes (relations père-fille, découverte du corps). Malgré ces reproches, Les Sept jours du talion est sans aucun doute le meilleur des trois Senécal portés à l’écran.
En résumé, je recommande volontiers Les Sept jours du talion pour sa qualité d'ensemble et sa justesse de ton. Attention toutefois, quelques images peuvent choquer les âmes sensibles. L'absence de jugement des auteurs (un point fort du film !) en laissera sans doute quelques uns perplexes.
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Ma note :
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Les Sept Jours du talion - Film de Daniel Grou - Produit par Nicole Robert (GO Films) - Avec Claude Legault, Martin Dubreuil, Rémy Girard, Fanny Malette - durée : 1h51 - Classement : 16 ans + Voir la fiche descriptive. Voir la bande annonce. J'ai aimé : le mélange des genres ; le jeu de Claude Legault ; l'absence de moralisation J'ai moins aimé : quelques dialogues pas toujours relevés, des invraisemblances de taille. |
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